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Dans un premier temps, les opposants politiques sont internés dans des camps qui ont pour but la "rééducation". Les camps deviennent ensuite, surtout avec la guerre, des ensembles industriels où la main d'oeuvre est exploitée jusqu'à la mort. I. Les camps avant la guerre Les premiers camps sont improvisés par les nazis, dès les premiers jours de la prise du pouvoir par Hitler ; c'est pourquoi on les appelle les camps sauvages : tout endroit retiré et clos peut servir de camp (des caves, des bateaux ...). Le but est de neutraliser immédiatement les opposants potentiels au régime. L'encadrement est généralement assuré par les SA, mais les SS ou des détachements de police peuvent également être les gardiens. Ces camps ont donc le soutien de l'autorité nazie. En mars 1933 le système s'organise un peu avec la construction du camp de Dachau. Les conditions de vie sont pénibles, le travail forcé est épuisant, la nourriture est de faible quantité et les gardiens persécutent les prisonniers, surtout les prisonniers "juifs". Mais en comparaison avec la suite, les meurtres sont peu nombreux, même si l'arbitraire existe, et les familles peuvent éventuellement rendre visite aux détenus. Dans le but de la rééducation, le camp possède une bibliothèque où se trouvent les ouvrages nazis, comme "Mein Kampf". A la fin de l'année 1933, des "associaux" et des criminels se trouvent enfermés à leur tour. A partir de mai 1934, la Gestapo devient la seule organisation à décider de la détention préventive. Le nombre de détenus augmente (les homosexuels, par exemple, sont à leur tour victimes du nazisme), le nombre des gardiens également : il y a environ 4300 prisonniers et 3400 gardiens. La torture est de plus en plus pratiquée, la mortalité est plus importante. A partir de 1936 d'autres camps sont ouverts (Sachsenhausen, Buchenwald, Flossenbürg, Mauthausen, Neuengamme, Ravensbrück). Les camps deviennent étendus et les SS possèdent leur propres casernes. Ces camps sont construits à proximité des entreprises SS. Les nazis associent sécurité et intérêts économiques. Les détenus portent la tenue rayée, ils ont un matricule. Un triangle de couleur cousu sur la veste indique la cause de leur internement : rouge pour les politiques, vert pour les droits commun, noir pour les associaux... La composition des détenus se diversifie : les criminels ou les voleurs s'y retrouvent plus souvent ; les Tziganes, accusés d'être paresseux, sont souvent internés, et surtout, avec les annexions, en 1938, des autrichiens et des tchèques sont détenus, ce qui permet d'augmenter la main d'oeuvre pour les entreprises. Avec l'arrivée des criminels, les SS parviennent à dresser les détenus les uns contre les autres (politiques contre droits commun) et en particulier contre les "juifs", plutôt nombreux après la Nuit de Cristal.
II. Les camps pendant la guerre
Avec la guerre mondiale, la population des déportés s'internationalise (détenus français, belges, polonais, hollandais, soviétiques...), et les conditions de survie dans les camps se dégradent : les déportés sont de la main d'oeuvre d'esclaves qu'il ne s'agit pas de maintenir en vie. Jean Léger et Emma Bruchard sont deux anciens déportés classés NN (Nacht und Nebel), ils ont été interviewés le 9 février 2000 par le groupe d'élèves qui a participé au concours.
Emma Bruchard a été arrêtée en 1944, son mari faisait de la résistance à Migennes, centre ferroviaire très important. Elle a été déportée le 6 juin 1944 à Ravensbrück, puis à Buchenwald.
Leur témoignage doit servir à
comprendre
Après les interrogatoires et un séjour plus ou moins long en prison, les déportés étaient transportés dans des wagons à bestiaux prévus pour 40 où ils étaient parfois jusqu'à 100. Il y avait peu d'air, les détenus se bagarraient pour en avoir un peu. Ils étaient debout, fatigués. Il n'y avait qu'un petit seau pour les excréments qui était vite rempli. Il y avait des morts sur lesquels les détenus marchaient. Emma Bruchard se rappelle son départ pour Sarrebrück, première étape avant le camp de Ravensbrück :
A leur arrivée, les SS les accueillaient à coups de gummis. Les détenus étaient débarassés de toutes leurs affaires, déshabillés, rasés sur tout le corps, douchés, habillés de guenilles sales et rapiécées qui avaient appartenues à d'autres détenus avant eux, ou qui appartenaient à des déportés qui avaient été gazés à Auschwitz, Majdanek ou dans les centres d'extermination.
Les camps de concentration étaient entourés de 2 lignes de barbelés : une ligne sans électricité et une ligne dans laquelle passaient 20 000 volts. A l'intérieur il y avait une ligne peinte que les déportés n'avaient pas le droit de franchir sous peine d'être tués par les SS sur les miradors. Les camps étaient éclairés la nuit par des projecteurs de sorte qu'aucun endroit n'était dans l'ombre.
Jean Léger est retourné sur les lieux de l'horreur. Les photographies couleurs du camp de Natzweiler-Struthof donnent une idée de ce que pouvait être un camp de concentration.
Il existait différents statuts des détenus mais avec la guerre la population des
camps de concentration s'est internationalisée : des français, des polonais, des
soviétiques ... Les détenus ont un numéro de matricule et un triangle qu'ils portent
sur leur tenue : les détenus n'ont plus de noms, plus d'identité ce ne sont plus que des
numéros les SS parlent d'eux en disant "Das Stuck" (Le morceau). Jean Léger et
Emma Bruchard ont le triangle rouge des "politiques", c'est à dire les
opposants aux nazis et à leurs alliés. Les matricules et les triangles n'ont pas que
pour objectif le classement des déportés, c'est aussi une façon de montrer au nouveau
détenu qu'il n'existe plus en tant qu'être humain : Jean Léger le rappelle dans son livre, à son arrivée au Struthof :
Les triangles verts sont les droits communs (pointe en haut, ils sont récidivistes),
les triangles
Les SS entraient peu dans les camps, c'étaient donc les détenus privilégiés qui gardaient les autres détenus : ces gardes s'appelaient des Kapos. Ils étaient mieux traités que les autres et étaient complices des SS pour maltraiter et tuer les détenus.
Les détenus étaient réveillés environ à 4 heures du matin. Ils allaient ensuite "déjeuner" puis il y avait l'appel et les détenus partaient au travail. Jean Léger explique comment se passait le réveil à Natzweiler/Struthof :
Emma Bruchard parle de l'appel : " Alors le matin, l'appel, c'était à trois heures du matin, et on était debout pendant trois heures consécutives. Et celles qui s'écroulaient, on les relevait parce que sinon, ils les emmenaient au "Revier". Le Revier, c'était l'infirmerie, et elles mouraient. Alors on essayait de les remonter tant qu'on pouvait. Et les autres qui nous comptaient, qui nous comptaient, et elles se trompaient toujours ces bourriques là. "
Le travail est extrêment pénible et meurtrier. L'Allemagne, pour gagner la
guerre, doit fabriquer toujours plus d'armes, elle a besoin d'une quantité importante de
main d'oeuvre. Les usines telles que IG. Farben, BMW, Heinkel ... puisent largement
dans les déportés pour augmenter les productions. Si les détenus ne travaillent
pas assez vite ils sont aussitôt roués de coups par les Kapos, par les SS, souvent
jusqu'à la mort. Les détenus sont utilisés jusqu'à leurs dernières
Jean Léger et Emma Bruchard ont eux aussi été esclaves pour la victoire de
l'Allemagne. Emma Bruchard se souvient que les déportés continuaient à resister à
l'intérieur même du camp : " Et puis ils [ les
SS ] nous ont emmenées en camion à Schlieben qui
dépendait de Buchenwald. Mais alors, on est arrivé dans un camp, c'était le Sahara ! Il
n'y avait pas d'herbe, il n'y avait rien du tout, c'était un truc tout neuf qui venait
d'être fait. C'était un grand camp de 3000 juifs, et nous 200 femmes avec eux. Mais il y
avait des barbelés entre eux et nous. En fait c'était une poudrière, parce qu'ils
faisaient les dernières armes, pour
pour gagner la guerre. Et alors, un jour, les
juifs, ils ont fait sauter la poudrière. Ça pétait de partout. J'étais avec Olga, une
amie (...) Les juifs ont défoncé les portes, et on est parti. On est descendu en
ville, on est parti partout. Mais où voulez-vous qu'on aille avec nos costumes rayés ?
Le soir ils nous ont tous repris. Alors on a continué.(...) On travaillait 12 heures de
jour, 12 heures de nuit. Moi, avec toute une équipe, on faisait des cartouches. Il y en
avait qui faisait autre chose. A midi ils recoivent de la "soupe" et reprennent le travail. Après une longue journée les détenus retournent au camp. L'appel du soir est interminable et peut durer plusieurs heures. Après une "soupe" ils peuvent enfin dormir si le Kapo n'a pas décidé de leur faire faire des exercices. Les déportés mangent très peu. Les SS n'ont pas l'intention de maintenir en vie leurs esclaves. Il suffit de les nourrir au minimum afin qu'ils puissent travailler. C'est pourquoi les déportés ne sont jamais bien portants, en plus les conditions d'hygiènes sont lamentables, ils sont toujours frappés par les maladies (typhus, dysenterie...). "On a atterri à Sarrebruck, en France. Et c'est là, que j'ai vu le premier homme squelette : c'était épouvantable. Alors qu'est-ce qu'on a fait ? On lui a envoyé une boule de pain. Et l'Allemand, il a fichu un coup de pied dedans. Alors, le pauvre garçon, il était d'une maigreur horrible, on n'avait pas encore vu ça, il a essayé de le rattraper, mais il n'y avait rien à faire... et l'Allemand, il lui a fait faire le canard, vous savez, c'était accroupi et sauter on était consterné, on en a été malade." Les nazis pratiquent l'euthanasie en 1940 et 1941, en Allemagne, plus de 100 000 aliénés, soit 1/3 des pensionnaires des asiles allemands sont exterminés par les médecins SS parce que les nazis trouvent qu'ils sont inutiles et coûtent de l'argent au Reich. Les nazis ont fait de nombreuses expériences dites "médicales" dans les camps de concentration, sur des déportés : sur l'altitude, l'eau de mer, le froid, les injections d'air, la stérilisation, les maladies infectieuses, les poisons, les gaz de combat, les sulfamides ; sur les "juifs" ou autres déportés. A Auschwitz les médecins SS font des expériences sur les jumeaux, sur les femmes enceintes ... Les expériences laissent des traces physiques mais aussi morales aux "cobayes". Jean Leger parle de la sélection et des expériences médicales, avec Emma Bruchard :
Emma Bruchard a été un cobaye humain, elle raconte :
Dans les camps, à l'infirmerie, on supprime aussi les malades. Les médecins SS choisissent un certain nombre de malades suivant leur état. Ils sont ensuite tués : soit piqués à l'acide phénique soit gazés. Là où les vrais médecins réconfortent, les médecins SS, envoient à la mort. Certains nazis se firent des abat-jour, des lampes de chevet, des collections de têtes réduites , avec les organes, la peau des "juifs" ou autres déportés morts. Personne n'a le droit de traiter un être humain comme de la matière première.
L'Allemagne perd la guerre. Les SS s'enfuient, dans certains cas, abandonnant les déportés à leur sort, mais non sans avoir massacré une partie d'entre eux : " A Schlieben, c'était quelque chose d'atroce, parce qu'on était avec des gitanes, on était avec des prostituées, on était avec des droits communs Un beau jour, on n'a plus vu les gitanes. Et puis, on n'a plus vu les juifs hommes du grand camp. Alors, vous comprenez ? Les Russes arrivaient d'un côté et les Français de l'autre. Alors les allemands étaient en sandwich. Et alors, ils les ont éliminés, ils les ont mis dans des wagons à bestiaux et ils les ont fait sauter. Et nous, on devait subir le même sort. Mais alors, c'est le directeur d'usine qui nous a sauvées,"
Mais dans certains cas, les SS tentent de détruire les preuves et déplacent les prisonniers vers d'autres camps : ce sont les longues marches de la mort.
Des camps sauvages de 1933, l'Allemagne est passée à un système concentrationnaire centralisé. Les camps ont été des instruments de terreur rentables pour les nazis. La vie ne devait pas être économisée. Les prisonniers ont été utilisés jusqu'à l'extrême. La mort par le travail, par la faim, par la maladie ... L'Allemagne est vaincue, les camps sont libérés, il faut juger les bourreaux...
Les photographies et les vidéos de Emma Bruchard et de Jean
Léger ont été publiées avec leur autorisation. |